Liste des villages indigènes, 1550 – 1931

•13/04/2010 • Laisser un commentaire

liste_villages_indigènes

PS : Si le pdf ne s’ouvre pas, faire clic droit -> enregistrer la cible du lien sous…

Publicités

Le musée du Quai Branly, une conception coloniale

•10/04/2010 • Un commentaire

Dans une France qui est depuis quelques années en pleine préoccupation mémorielle quant à son histoire esclavagiste et coloniale va se dresser le musée du quai Branly, volonté bien plus politique que scientifique.

Ce musée, qui a pour ambition de faire « dialoguer les cultures par l’entremise de l’art tout en refusant la hiérarchie entre les peuples » [1] sera inauguré le 20 juin 2006 sur les rives de la Seine, à Paris. Ce musée, établissement public administratif est placé sous la tutelle de trois ministères : ministère de la Culture et de la Communication, du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le musée sera ouvert au public dès le 23 juin 2006. L’établissement public administratif est la formule qui a été retenue à plusieurs reprises au cours des années récentes, pour des réalisations aussi importantes que le centre Georges Pompidou, la cité des sciences et le Louvre. Ce statut, doté d’un Conseil d’Administration, permet d’associer diverses entités à la gestion du futur établissement, notamment le muséum, la direction des musées de France, la tutelle financière du ministère de l’Economie et des Finances ainsi que les tutelles techniques du ministère de la culture et du ministère de l’Education nationale et de la Recherche.

Trois mille cinq cents objets sont présentés au public, choisis parmi une collection qui en regroupe trois cent mille. Cette collection réunit les anciennes collections d’ethnologie du musée de l’Homme et celles du musée national des arts d’Afrique et d’Océanie.

  • Le projet

Le projet nait d’une rencontre. En 1992, alors en vacances sur l’île Maurice, Jacques Chirac va faire la connaissance de Jacques Kerchache, marchant d’art, spécialiste de l’art africain et avec qui il va réaliser le projet du quai Branly et le pavillon des sessions. Jacques Kerchache sera nommé conseillé du futur établissement.

Le 7 octobre 1996, Jacques Chirac annonce au Premier ministre, Alain Juppé et aux ministres de l’Education nationale, François Bayrou de l’Economie Jean Arthuis, de la Culture, Philippe Douste-Blazy sa décision de créer un musée des Civilisation et des Arts premiers, en plus de la salle des sessions au Louvre, où seront exposés les chefs-d’œuvre les plus marquants des Arts Premiers. Il est à noter que le terme d’art premier fut inventé dans les années 1990 par Jacques Kerchache. Cette dénomination créa des polémiques, car selon ce concept, l’homme des sociétés industrielles produirait un art abouti, tandis que les arts premiers seraient l’expression d’un chaînon manquant entre l’homme de la préhistoire et l’homme industriel.

Le pavillon des sessions, annexe actuelle au Louvre du musée du quai Branly, à été demandé, quant à lui par Jacques Chirac dès son arrivée à la tête de l’Etat en 1995 et permettait ainsi la création d’un département d’arts premiers au musée du Louvre.

Plusieurs constats, résumés dans le Rapport de la commission arts premiers [2] ont été à la base de ces décisions. Tout d’abord, un état des lieux actuel sur les collections d’arts premiers :

« Il ressort du rapport que les collections d’art premier sont dispersées et les deux musées qui abritent la majeure partie, souffrent tous deux de difficultés chroniques (…) Au musée national des arts d’Afrique et d’Océanie, les collections couvrent les continents africains et océaniens et comprennent environ 23.000 objets dont plus d’un millier sont exposés dans les galeries permanentes.  La section africaine, qui a hérité de l’ancien fond colonial constitué à partir de 1931, pour le musée de la France d’Outre-mer, est la plus développée et représente environ le quart de l’ensemble (…) Au musée de l’homme les collections sont beaucoup plus fournies, mais une partie seulement concerne directement les arts premiers. (…)Hormis ces deux établissements, quelques musées de Paris ou de province détiennent des œuvres d’art premier. Parmi eux on peut citer le musée Dapper, établissement privé qui est entièrement consacré à ces arts. En province on trouve des fonds dispersés dans plusieurs établissements, le plus souvent muséums d’histoire naturelle (…) L’étude souligne également le musée des Arts et Traditions Populaires, situé en bordure du Bois de Boulogne et consacré exclusivement la France dont les collections, très représentatives de la société rurale comportent environ un million de pièces. (…) la dispersion des collections d’arts premiers peut paraître relativement limitée dans la mesure où deux établissements publics en détiennent l’essentiel. Cette situation est cependant dommageable puisqu’elle ne permet pas aux visiteurs de disposer en un seul lieu de l’ensemble du patrimoine situé à Paris ».

Le rapport poursuit sur les difficultés que rencontrent les musées énoncés plus haut :

« Le rapport souligne certaines difficultés du MAAO telles que l’étendue limitée de ses collections, l’insuffisance de ses effectifs et des crédits qui lui sont alloués qui ne lui permettent pas de prendre son essor et que sa fréquentation s’appuie toujours largement sur l’aquarium tropical dont les entrées sont comptées avec celles du musée. Le musée n’expose qu’une faible partie, environ 1 200 pièces de ses collections. Et les atouts architecturaux du bâtiment de la porte dorée nécessiteraient une révision de l’aménagement intérieur (…)

Concernant le musée de l’homme, les locaux peu adaptés à la muséologie n’ont pas été rénovés depuis sont installation au Trocadéro en 1938. La présentation quant elle n’est pas anachronique est dépassée. Les moyens financiers consacrés aux collections sont faibles et les structures administratives insuffisantes. La fréquentation décroît »

Pour répondre à certaines questions qui se posaient vis-à-vis du musée Guimet, notamment la raison de l’absence de pièces asiatiques dans un musée présentant des œuvres extra européenne, le rapport répond :

« En ce qui le concerne, le musée Guimet spécialisé dans les arts asiatiques anciens, actuellement en rénovation, la commission a estimé que ses collections asiatiques devaient rester à l’écart du projet. L’établissement situé place d’Iéna bénéficie d’une réputation, d’une cohérence et d’un emplacement qui seront remis en valeur par les travaux dont il fait l’objet. Sa proximité géographique du Palais de Chaillot, permettra aux visiteurs soucieux d’avoir une vision plus large des productions non européennes, de compléter leur visite par celle du futur établissement sans avoir à traverser Paris. »

– Le musée Dapper

Musée privé, créé en 1986 œuvre pour la promotion des arts de l’Afrique, allié à tous les autres aspects culturel de la diaspora du continent africain il est placé sous la direction de Christiane Falgayrettes-Leveau. De 1986 à 1998, le musée Dapper présentera trente expositions thématiques, pour la plupart conçues et réalisées par Christiane Falgayrettes-Leveau, réunissant des œuvres sélectionnées dans le fonds propre de la Fondation, dans les musées du monde entier et dans des collections privées. On peut citer : Fang, Dogon, «Magies», Corps sublimes, Réceptacles, Chasseurs et guerriers…D’abord situé au 50 avenue Victor Hugo (Paris, 16ème arrondissement) en l’an 2000 il déménage au 35 bis, rue Paul Valéry, toujours dans le 16ème arrondissement de Paris dans un bâtiment plus grand et mieux adapté.

Le rapport conclu donc ainsi :

« Il faut créer un musée résolument nouveau, appuyé sur une ambition forte et doté de structures et de moyens adéquats. On peu ainsi donner à la France le grand musée des arts non occidentaux qui lui manque et qui ne sera ni un pur musée ethnographique ni un musée des Beaux Arts classique. Le musée du quai Branly veut dépasser la coupure entre musée d’art et musée ethnographique ».

  • Le pavillon des Sessions

Le pavillon des Sessions, situé en bord de Seine était généralement destiné aux expositions temporaires organisées par le département des arts graphiques et le département de la peinture. C’est un bâtiment d’une superficie de 1400 m2, d’un seul tenant, avec une très belle hauteur sous plafond (utile pour l’installation de grandes pièces) et disposant d’un éclairage direct.

La décision d’exposer des arts premiers au Louvre à fait l’objet de vifs débats. Pierre Rosenberg, le directeur du Louvre à l’époque ne partageait pas non plus l’enthousiasme du président de la République. Tout d’abord parce que les récentes rénovations dans le milieu muséal (le Louvre, le musée d’Orsay) avait privilégié le rassemblement dans un seul et même endroit l’ensemble des œuvres d’une même collection. De plus, décision de créer le pavillon des sessions au Louvre à été vue comme la volonté de priver le futur musée du Quai Branly de ses pièces majeures, et d’obliger ainsi les visiteurs à visiter deux musées différents, de plus, éloigné l’un de l’autre.  Une autre des revendications se porta sur l’homme nommé par Monsieur Jacques Chirac pour choisir les œuvres à exposer, Jacques Kerchache qui a opéré sa sélection sans concertation des membres d’une équipe scientifique.

Enfin, le problème de la cohérence de l’ensemble muséologique du Louvre s’est posé. Effectivement, ce musée qui se veut consacré presque exclusivement à l’art occidental (exceptés les pavillons des antiquités égyptiennes, donc en toute logique qui auraient du rejoindre le musée du quai Branly, et orientales) détient des pièces pour la majorité antérieures à 1850. Les arts que l’on qualifie de premiers sont pour beaucoup d’entre eux postérieurs à cette chronologie.

En contrepartie, exposer les arts premiers dans le plus grand musée de Paris et le plus visité pourrait permettre d’offrir au public une vision de ces arts, souvent méconnus, et de les renvoyés ainsi au musée du quai Branly pour en apprendre plus. Les œuvres elles sont, par contre, sous la responsabilité du musée du quai Branly.

En 2000, les arts premiers entrent au Louvre, où sont exposés environ cent vingt œuvres.

  • Ou mettre le musée ?

Le palais de Chaillot

La commission « Arts premiers » présidée par Jacques Friedmann avait recommandé, le 13 septembre 1996, l’installation du futur « établissement public administratif » dans l’aile Passy du Palais de Chaillot, où sont situés le musée de l’Homme et le musée de la Marine. Cette décision impliquait donc le départ du musée de la Marine (8000m2, crée en 1748 au Louvre, transféré en 1943 au Trocadéro) et laisserait une superficie totale de 31 000 m2 au nouvel établissement (dont neuf mille pour les salles de présentation et huit mille pour les laboratoires et les réserves).

L’armée, dont dépend le musée de la Marine ne se satisfera pas de ce projet et refusera son relogement dans les locaux du musée des Arts d’Afrique et d’Océanie jugeant que « le bâtiment serait trop connoté par la colonisation ». [3]

– La porte Dorée

Le bâtiment de la Porte Dorée était mal adapté au projet. Trop exigu il était surtout fortement pénalisé par ses origines à forte connotations coloniales avec ses fresques à la gloire de l’outre-mer. De plus, bien que facile d’accès, les pouvoirs publics préféraient établir le futur établissement au cœur de Paris.

A noter que l’origine coloniale du bâtiment fut problématique pour tous les établissements à qui ce lieu fut proposé, y compris la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration ouverte depuis 2007.

– Le choix du quai Branly

Lors d’un « conseil des ministres retreint aux ministres de l’Education nationale et de la Recherche (Claude Allègre), de la Culture (Catherine Trautmann), de l’Economie (Dominique Strauss-Kahn), au secrétaire d’Etat au budget (Christian Sauter), tous membres du cabinet socialiste de Lionel Jospin, et en présence d’Olivier Schrameck, son directeur de cabinet, le président de la République, Jacques Chirac, le mercredi 4 février 1998, fait par de sa décision. C’est le site du quai Branly, près de la tour Eiffel qu’il a choisi « pour établir le futur musée des Arts Premiers » sur 35 000 m2. [4]

En 1999, suite au concours organisé l’architecte Jean Nouvel est désigné architecte du projet. Il obtiendra de plus le soin de réaliser l’aménagement muséographique.

  • Le choix du nom

Diverses appellations ont été proposées. Tout d’abord il fut nommé musée des Arts primitifs, puis musée des Arts premier, puis musée des Arts et civilisations pour finalement se retrouver sans nom significatif quant-à sa fonction : musée du quai Branly, évitant ainsi les débats relatifs aux notions d’art primitif et d’art premier. Monsieur Dupaigne souligne, non sans sarcasme, dans son ouvrage :

« Puisque, faute de leur trouver un nom, on donne maintenant aux musées le nom de leur adresse. »

  • Les fonds du musée de l’homme et du MNAAO

– Le musée de l’homme

Contrairement à ses conservateurs qui le souhaitaient le musée de l’homme ne sera pas réaménagé pour recevoir le musée qui se trouve aujourd’hui à Branly. L’annonce du début du prélèvement des œuvres provoquera des contestations, d’autant plus que les déménageurs, contrairement aux engagements pris, emmèneront en premier non pas les réserves mais les objets exposés au public. Le prélèvement a débuté le vendredi 8 mars 2002 avec cent cinquante pièces d’Afrique subsaharienne. Seront également transférées, les photographies (cinquante mille photographies, quinze mille plaques photographiques) ainsi qu’une partie de la bibliothèque. Le prélèvement des collections ethnographiques s’est terminé le 30 septembre 2004.

Le musée de l’homme a fermé ses portes cette année et est actuellement en pleine rénovation. Les travaux devront se terminer en 2012 ou un nouveau musée consacré aux sciences de la vie comme aux sciences de l’homme aura pris place. Le futur musée disposera déjà d’une collection de préhistoire importante et des fonds concernant l’anatomie, l’environnement, ou la découverte du Globe. Il se définira autour du thème de l’homme en tant qu’espèce, au sein de son environnement naturel et culturel.

– Musée National des Arts d’Afrique et d’Océanie (M.N.A.A.O.)

La fermeture du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie a lieu de 31 janvier 2003 à 17 h 30, et le déménagement de ses collections (25 à 30 000 pièces) a démarré aussitôt.

En 1933, le musée permanent des colonies devenait le musée de la France d’Outre-mer.  Ce musée de la France d’Outre-mer présentait au rez-de-chaussée deux galeries consacrées à l’histoire de l’Empire français, des croisades jusqu’à nos jours, et à l’étage deux sections. La première présentait les arts indigènes et leur influence sur l’art français, la deuxième offrait un aspect économique sur les ressources minéralogiques et agricoles.

En 1960, période des décolonisations, André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles rattacha le musée de la France d’Outre-mer à la direction des musées de France et en fit un musée d’art, le Musée des Arts Africains et Océaniens.

En 1991, le musée des Arts Africains et Océaniens change de statut : classé douzième département des musées nationaux, il prit un nouvel essor sous le nom de Musée National des Arts d’Afrique et d’Océanie.

Concernant le musée du quai Branly, Bernard Dupaigne dans son ouvrage Le scandale des arts premiers, La véritable histoire du quai Branly nous rappelle de façon très pertinente l’existence du M.N.A.A.O. :

« Dès lors que l’on supprime l’Europe, et qu’on ne concède qu’un espace très réduit (400 m2) pour les milliards d’habitants en Orient et en Asie, « les trois-quarts de l’humanité », il ne s’agit plus d’un musée des créations des hommes dans le monde, mais d’un musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, qui existait déjà. Il semble au Président que rien d’important n’a été crée dans le monde depuis le XIXème siècle. » [5]

Enfin, il avait été souvent signalé la parfaite complémentarité des collections du musée de l’homme et du M.N.A.A.O, conservées dans une optique différente mais complémentaire, et recueillies sur les mêmes territoires aux mêmes périodes. Les rassembler dans un seul et même lieu fut un argument important pour la décision de la création du musée du quai Branly et une des priorités du chantier des collections.

  • Architecture

– L’extérieur du bâtiment

Jean Nouvel fut choisi, car son projet présentait l’intégration urbaine la plus intelligente, avec une grande ampleur des espaces jardins, notamment grâce à la présence d’un mur végétal de 15 000 plantes verticales de 150 espèces différentes et sur 800 m2 crée par Patrick Blanc, le jardinier des verticalités.

Le bâtiment, construit dans les tons ocre et rouges, message subliminal renvoyant aux couleurs imagées de l’Afrique à été choisi pour créer l’attraction, l’envie d’y pénétrer pour en découvrir l’intérieur.

– L’intérieur du bâtiment

Au niveau du plateau des collections, galerie permanente et cœur du musée, quatre parcours géographiques sont organisées, chacun présentant des œuvres d’une aire géographique particulière et d’époques variées. Les quatre plateaux couvrent quatre de nos continents : l’Océanie, l’Asie, l’Afrique et enfin l’Amérique et sont articulés de façon à créer un parcours circulaire autour de la rampe permettant d’accéder aux mezzanines. Cette rampe, au ton ocre parait illustrer un mur de torchis plastifié.

De chaque côté de ces parcours se trouvent des renfoncements, sortes de petites pièces qui ont été construites comme des sanctuaires, lieux sacrés pour présenter les objets contenants des restes humains, des reliques ou objets symboliques. Cela illustre la volonté de respect souhaité par les équipes scientifiques.

Les vitrines ont été conçues pour que les œuvres flottent dans l’espace, à hauteur d’œil, avec une possibilité de tourner autour afin d’en connaitre toutes les facettes.

vitrines sections Océanie et Afrique

  • Le problème de certaines œuvres

– Des œuvres du XIXème siècle

Lorsque nous entendons parler d’art premier, nous nous attendons à observer des œuvres préhistoriques, quelles soient africaines, américaines, asiatiques, européennes ou océaniennes. On en revient encore une fois au problème de la dénomination que beaucoup juge au mieux colonialiste, au pire raciste, des arts non européens, qui une fois qualifiés de premiers ou primitifs, illustrent la non évolution des arts africains, américains, océaniens et à moindre échelle asiatiques.

De plus, nombre de ces objets primitifs ont été réalisés au début du XIXème siècle uniquement pour des collectionneurs, marchands, militaires, administrateurs ou visiteurs européens.

– Des œuvres non légitimes, l’exemple des pièces nok

L’ouverture du Pavillon des Sessions au Louvre soulèvera des problèmes concernant les acquisitions par le quai Branly, à des marchands européens, d’objets sortis illégalement de leur pays d’origine malgré les réglementations. Vincent Noce, journaliste, dénonce la présence au Louvre de terres cuites provenant de sites archéologiques entièrement pillés du Nigeria, deux pièces nok achetés à un marchand belge et interdites d’exportation depuis 1963.

L’UNESCO a demandé à ce sujet des explications à la France  et lors de sa réunion commémorant le trentième anniversaire de la Convention internationale de lutte contre le trafic des biens culturels qui s’est tenue à Paris le 15 novembre 2000, Lord Renfrew, directeur de l’Institut Mac Donald d’archéologie de Cambridge attaque Jacques Chirac qu’il accuse d’avoir couvert, pour le musée du Quai Branly, l’acquisition de sculptures nok, issues du pillage de sites nigérians :

« L’attitude de Chirac est déshonorante. Je regrette que le Nigeria ait eu la faiblesse d’accepter de signer un accord pour donner une apparence légale à cette acquisition. Mais, par-dessus tout, la faute en incombe au président français, qui en a fait la demande. Les responsables du musée des Arts premiers devraient avoir honte d’avoir placé leur chef d’Etat et leur propre pays dans une position aussi déplorable ; il faut restituer ces trois pièces. Et s’engager à renoncer à tout bien pillé ».

Le 11 décembre 2000 c’est au tour de dix-huit scientifiques collaborant avec le musée du quai Branly de signer une pétition dénonçant « l’acquisition dans des conditions suspectes » de ces objets archéologiques.

L’affaire se terminera diplomatiquement par un accord signé, le 13 février 2002, par Catherine Tasca, ministre de la culture en France et Boma Bromillaw-Jack, ministre de la culture au Nigéria, reconnaissant que la propriété des trois œuvres est assurée au bénéfice de la République fédérale du Nigeria.

Sculptures Nok - terre cuite – Nigeria- IVème siècle

De plus, un reportage dédié au musée du quai Branly et récemment diffusé sur Arte (septembre 2009) évoque le fait qu’un ensemble de parures, connu sous le nom le trésor d’Amadou, aurait également été acquis de façon peu orthodoxe.

  • Le quai Branly, une conception coloniale ?

Nos relations avec les autres ont changé, notamment depuis les décolonisations, mais quant est il de notre regard sur l’altérité ?

Malgré l’attrait architectural du bâtiment, extérieur dans son écrin de verdure, ou intérieur avec son ambiance lourde et feutrée le musée se contente d’une présentation figée d’un monde du XIXème siècle à l’instar des musées d’art primitif qui présentait des œuvres indigènes avant tout dans un soucis esthétique. Il est, à l’image des musées ethnographiques traditionnels, un musée qui nous propose un tour du monde en une journée.

La compréhension des œuvres est difficile d’accès pour le profane, les cartels succins. L’art africain depuis ses origines dans l’Egypte ancienne est profond et symbolique. Allié aux écrits, à un culte, il se dénature lorsque nous regardons en lui que son seul aspect esthétique. En présentant les œuvres de façon éparses il devient très difficile aux visiteurs de faire une synthèse, de se représenter chronologiquement l’évolution des arts non européens, ce qui a pour conséquence d’enlever des millénaires d’histoire de l’art à ces continents. Pour concevoir un réel musée post-colonial, dénué de tout ressentiment raciste, il aurait fallut rendre aux objets leur fonction dans leur société au lieu de minimiser leur contexte.

Il serait également bon de noter l’influence des arts autrefois appelés nègres sur notre culture artistique, pour ne parler que du domaine de l’art pictural. De plus, il faudrait que ce musée laisse une place plus importante aux créations contemporaines, puisque actuellement en France, il n’existe pas de musée de l’art contemporain dédié aux artistes non européens, ces mêmes artistes étant peu représentés dans nos musées d’art moderne. Ce choix muséal donne l’impression que rien n’a existé en termes de création artistique depuis les indépendances africaines. L’artiste papou invité en 2005 pour décorer des parties du bâtiment à détourné des signes traditionnels en un usage qui n’était pas le leur.

Plafond peint dans les salles et bureaux du bâtiment de l’université du musée du quai Branly

« Le musée des arts premiers n’aime les artistes africains ou océaniens, que morts. » conclura Emmanuel Desveaux. [6]

Enfin, comme le souligne Monsieur Grognet dans son article Ce « musée de l’Autre » qui n’en finit pas de faire parler de lui :

« Le Musée du Quai Branly devient un nouvel avatar de la pensée occidentale se confortant dans une vision fantasmée de l’altérité. Basé sur une définition occidentale de l’art, il n’est donc pas ce musée de la rupture annoncée ». [7]

[1] Discours d’inauguration du musée du Quai Branly, par Monsieur Chirac
[2] Rapport de la commission « arts premiers » paris, août 1996
[3] DUPAIGNE B., Le scandale des arts premiers, La véritable histoire du quai Branly, Mille et une nuits, 2006, 262 p. p. 71
[4] DUPAIGNE B., Le scandale des arts premiers, La véritable histoire du quai Branly, Mille et une nuits, 2006, 262 p. p. 74
[5] DUPAIGNE B., Le scandale des arts premiers, La véritable histoire du quai Branly, Mille et une nuits, 2006, 262 p. p. 123
[6] DESVEAUX E., le musée du quai Branly a renoncé à accroître ses collections en achetant de l’art moderne « exotique », Journée d’information du 27 juin 2001, p. 57
[7] GROGNET Ce « musée de l’Autre » qui n’en finit pas de faire parler de lui, 23 Janvier

Les musées des Autres

•10/04/2010 • Laisser un commentaire

Dans son écrit Le goût des autres, de l’exposition coloniale aux arts premiers, Benoît de l’Estoile distingue au milieu du XXème siècle trois grands modèles parmi les musées des Autres qui vont généralement de pair avec un type de savoir privilégié, et des modes d’exposition différents.

– Le musée des cultures

Il y a tout d’abord le musée des cultures. Ces musées d’ethnographie, associés le plus souvent à une discipline anthropologique, ont une ambition classificatoire et encyclopédique, dans une perspective scientifique, mais qui adoptent le plus souvent un mode de présentation réaliste jugé plus attractif. Nous pouvons citer parmi ses musées le musée de l’homme.

– Le musée de la colonisation

Il y a ensuite le musée de la colonisation qui est étroitement lié avec l’histoire de l’expansion coloniale en nous contant les grands évènements de la conquête coloniale puis les progrès des peuples colonisés sous l’influence de la civilisatrice européenne ; Bien entendu ses musées avaient pris soin de dépouiller les civilisations africaines de leurs apports passés au patrimoine universel. Ce type de musée qui présentait les objets africains dans un récit historique visant à légitimer la colonisation deviendra de plus en plus problématique au moment des décolonisations. Certains seront alors remaniés, tel le musée de la France d’Outre-mer qui, sous l’impulsion de Malraux en 1961 deviendra un musée consacré aux arts africains et océaniens.

– Le musée d’art primitif

Et enfin, il y avait le musée d’art primitif, qui présentait des collections d’art africain, océanien, amérindien, dans un souci avant tout esthétique. L’art moderne européen, fortement inspiré de ces œuvres indigènes était régulièrement présenté dans ses musées. De plus, dès le début du siècle, sous l’impulsion des avant-gardes des musées d’Art nègre étaient vivement souhaités.

Ainsi, au sein des musées nous assistons à une mise en ordre du monde, comme nous l’avons vu déjà pour les expositions universelles et coloniales.

  • La nouvelle politique muséale

Le paysage muséal lié à l’ethnologie a subit des modifications ces dernières années. Il y eu tout d’abord la création du musée du quai Branly, excluant toute collection européenne.

Les collections européennes quant-à elles, dont la grande majorité se trouvaient au Musée National des Arts et Traditions Populaires (75016 – Paris) prendront place au MuCem (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) en 2013 à Marseille. Ce musée est consacré, comme son nom l’indique, aux collections européennes et des pays aux alentours de la Méditerranée. Ainsi, le fossé se creuse entre les Européens et les autres, tous les non-européens. Quant au musée de l’homme, en pleine restructuration, il a été dépourvu de ses collections ethnologiques qui ont rejoint les deux musées précédemment cités.

Raciologie et mission civilisatrice

•10/04/2010 • Laisser un commentaire
  • Raciologie, colonisation et mission civilisatrice.

Depuis la fin du XVIIIème siècle, l’ancien régime colonial hérité du XVIème subit une crise qui est marquée par l’émancipation des Etats-Unis, suivie de l’Amérique latine, l’usure du système esclavagiste et les transformations économiques en métropole.  De plus, la dynamique évangélisatrice reprend à la fin du XIXème (elle avait été temporairement interrompue par la Révolution). Vingt-quatre congrégations missionnaires ont été fondées entre 1816 et 1880, qui s’ajoutent aux trois plus anciennes et aux congrégations féminines, appuyées par les œuvres laïques. [1]

De nombreuses questions vont alors se poser quant au devenir des sociétés indigènes, comment coloniser et quel type de régime y établir, faut-il assimiler les indigènes ou préserver les particularismes de chaque population ?

De nombreux congrès se tiennent sur ces questions, à l’occasion d’Exposition universelle ou coloniale. Et en 1889 sera fondée une Ecole coloniale suivi par la création d’un Institut colonial international en 1893.

Les découvertes en anthropologie et l’ethnopsychologie vont servir d’appui à la colonisation et répondre à certaines questions. Ainsi, en 1930, devant le Conseil général de l’A.O.F. le gouverneur général Cadre déclarera :

« Si l’on admet qu’il existe des peuples évolués et des races attardées et qu’il est d’intérêt général que celles-ci s’élèvent au niveau de ceux-là, le colonialisme se trouve implicitement justifié dans son principe. »[2]

Quelques années plus tôt, dans un domaine anthropologique Darwin évoquait une idée similaire. Dans son ouvrage La descendance de l’homme, publié en 1871 il appliquera sa théorie de l’évolution/sélection aux races humaines. Il déduira que les races inférieures, qu’il nomme parfois sauvage en opposition aux races humaines civilisées, sont appelée à disparaitre : « Dans un avenir assez prochain si nous comptons par siècles, les races humaines civilisées auront très certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. »

Gallieni, gouverneur colonial, déclarera également :

« Il n’y a pas de bonne colonisation sans ethnologie bien faite »

La France, de par la supériorité qu’elle s’est octroyée s’impose le devoir de civiliser ses colonies et d’assimiler les indigènes.

Dans son livre, De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne, paru en 1813, Benjamin Constant le note ainsi :

« Les conquérants de nos jours, peuples ou princes, veulent que leur empire ne présente qu’une surface unie, sur laquelle l’œil superbe du pouvoir se promène, sans rencontrer aucune inégalité qui le blesse, ou borne sa vue. Le même code, les mêmes mesures, les mêmes règlements, et, si l’on peut y parvenir, graduellement la même langue, voilà ce qu’on proclame la perfection de toute organisation sociale. »


Parallèlement, afin de diffuser ses théories, les expositions coloniales et universelles se construisent comme un lieu de connaissance, qui illustre le progrès de l’œuvre française dans les colonies, l’intérêt et le résultat de sa mission civilisatrice. Des images archaïques, souvent sans fondement et avec un oubli total de l’histoire de l’Afrique et de ses empires, sont ainsi opposées aux images de la révolution industrielle européenne.

Le Figaro du 29 juin 1931 nous rappelle que les expositions coloniales, doivent constituer « une utile propagande et un judicieux enseignement, [afin de donner] à l’élite de la jeunesse française, le sentiment de la valeur et de l’utilité de l’expansion coloniale. » Le maréchal Lyautey, commissaire général de l’Exposition coloniale de 1931, dira également, dans une lettre du 7 janvier 1929, son désir de « voir chaque section coloniale s’organiser d’une façon aussi complète que possible, à la fois pittoresque et instructive, de manière à présenter le maximum d’intérêt et d’attrait.[3]

Il fallait susciter l’intérêt du public vis-à-vis de l’expansion coloniale, légitimer cette opération, la promouvoir. En effet, la colonisation (puis la décolonisation) n’a qu’à de très rares moments mobilisés en profondeur la société française, qui a eu du mal à se passionner pour l’expansion outre-mer, les conflits français et européens mobilisant plus l’opinion publique. (Guerre de 1870, puis de 1914…)

  • Un outil de propagande, l’Agence générale des colonies

Des armateurs, négociants, industriels, parlementaires, miliaires se sont constitués en comités afin de rallier l’opinion publique à la colonisation et ses bienfaits mais également de peser sur les décisions des responsables de l’Etat afin d’engager l’Europe dans un processus accru d’expansion coloniale. Ces groupes ont ainsi souhaité se constituer en organisme officiel, ce qui sera le cas en 1899 avec la création de l’Office colonial, qui a pour objectif la propagande du domaine coloniale français afin de mobiliser l’opinion publique française autour de critères moraux mais aussi afin de susciter des mouvements de population et d’investissement vers les colonies.

Dans son ouvrage L’illusion coloniale, Monsieur Deroo nous informe que :

« A compter de cette date et jusqu’à la perte de l’empire colonial français en 1962, la France a toujours disposé de cet organisme. Jamais remis en cause quel que soit le régime politique, de la IIIème République à la Vème, via le régime de Vichy, il n’aura changé que de dénomination. Outre cette pérennité politique, qui témoigne du consensus colonial et de la volonté de maintenir l’illusion en ancrant le mythe au plus profond des consciences, cette propagande présente la caractéristique d’avoir été diffusée en temps de guerre comme un temps de paix. »

En 1919, l’Office est réorganisé en Agence générale des colonies. Cette agence, émanant directement du ministère des colonies comprenant un bureau central de renseignements et un service d’informations. Chaque colonie ou territoire dispose d’une agence « locale » chargée de promouvoir l’action de propagande de l’Agence générale.

Leur rôle est de faire connaître en métropole, par l’intermédiaire de publications et de brochures, ou par d’importantes campagnes d’affichage et de manifestations régionales, les productions coloniales et de favoriser un développement des échanges économiques entre la métropole et ses territoires coloniaux. Elle est présente dans les foires et expositions organisées sur l’Empire colonial français, en y diffusant des films documentaires, et en y exposant des photographies. Mais elle utilise également d’autres outils de propagande tels que les romans, les brochures, manuels, bons point, vignettes, affiches, jeux…

Cette agence à elle seule contrôlait plus de 80 % des images en provenance des colonies françaises. [4]

Supprimée, pour des raisons budgétaires, en 1934, seules les agences des différents territoires subsisteront (agence économique de l’Indochine, de l’AOF, de l’AEF, de Madagascar, etc.). En 1937 sera crée le service intercolonial d’information et de documentation, il regroupera les activités de propagandes et de documentations et enfin, à partir de 1941 sera crée l’agence économique des colonies, agence unique pour l’ensemble des territoires. Tous les territoires sont concernés, exceptés ceux d’Afrique du Nord qui son sous l’autorité du ministère des Affaires étrangères. L’agence économique des colonies sera rebaptisée plus tard agence économique de la France d’Outre-mer, qui perdurera jusqu’à la décolonisation.

[1] LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491   P. 192
[2] CADRE, « Discours au Conseil général de l‘AOF, cité in L’Afrique française, 1930, p.14.
[3] L’ESTOILE (de) B. Le goût des autres, de l’exposition coloniale aux arts premiers, Paris, Flammarion, 2007, 224 p. p.35
[4] http://resf89.over-blog.com/article-4440767.html

Petite histoire de la raciologie

•10/04/2010 • Laisser un commentaire

Si les interprétations du devenir humain se sont peu à peu laïcisées à partir de la Renaissance, et si les Lumières ont cultivé les philosophies de l’histoire, le grand siècle des systèmes théoriques est le XIXème.

« Le  XIXème siècle a tout mesuré, quantifié : la coloration, la peau, la respiration, la barbe, les cheveux, l’angle facial, les indices nasal et orbitaire, les rapports du radius à l’humérus, du tibia au fémur, le degré de stéatopygie et le tablier de la Vénus Hottentote etc. mais par-dessus tout le cerveau, ses circonvolutions, et la capacité crânienne. Un tel engouement s’explique par l’importance des progrès scientifiques. La biologie s’institutionnalise avec la Révolution qui crée le Muséum d’histoire naturelle et des chaires, ou officient Geoffroy Saint-Hilaire et Cuvier, les successeurs de Linné et Buffon. Une nouvelle avancée se produit dans la deuxième moitié du siècle avec Darwin, Mendel et la constitution de l’Ecole française d’anthropologie physique. Paul Broca fonde en 1859 la Société d’anthropologie et contribue à la création de l’Ecole de Paris (1875), de la Revue d’anthropologie (1871) et aux premiers dictionnaires de la discipline. » [1]

Les exhibitions de populations permettaient l’approfondissement des théories raciales et leurs vulgarisations qui visaient, entre autres à légitimer l’entreprise coloniale et à faire approuver le bien fondé de la mission civilisatrice. C’est dans ce contexte colonial d’expansion européenne que va donc se développer l’anthropologie.

Ainsi, les indigènes des exhibitions du jardin zoologique d’acclimatation mais également des expositions universelles et coloniales étaient présentés devant les sociétés savantes. Considérés comme des spécimens ils étaient mis à nu, mesuré, pesé, ausculté, leur corps devenant un objet manipulable à volonté.

M.W Portman, photographies, années 1890

Dès 1799, le naturaliste et philosophe Louis-François Jauffret fondait, avec Cuvier entre autres, la société des observateurs de l’homme, société tournée vers l’étude des origines de l’homme et particulièrement vers les populations mélanodermes. Une des œuvres de cette société fut d’organiser le voyage de Nicolas Baudin en Australie de 1800 à 1803. Ce voyage, ethnologique annoncera les voyages scientifiques qui suivront tout au long du XIXème siècle, soit accompagné de savants, ou tout simplement effectués par des aventuriers que les scientifiques encadreront à distance par l’intermédiaire de manuels d’observations ou d’instructions.

  • La Société d’Anthropologie de paris

La Société d’Anthropologie fut fondée par Broca en 1859 (année même ou Darwin publie On the Origins of Species), vingt ans après la création de la société d’ethnologie.

À l’origine de cette création est le refus de la Société de biologie, présidée par Pierre Rayer, d’auditionner Broca sur un mémoire touchant à l’hybridité. Broca, tenant non seulement à la diffusion de ses idées, mais jugeant urgent de réunir des scientifiques de différentes disciplines pour se consacrer à développer l’anthropologie, réunit dix-neuf collègues afin de fonder une Société dont le but serait de diffuser les études et les recherches sur l’Homme. Elle comporte dix-neuf membres, car la police de l’Empire interdisait les associations de plus de 20 personnes. Sur les dix neuf membres, seize sont médecins.

Broca donnera à l’anthropologie la définition suivante :

« la discipline se proposait non seulement de classer et de décrire les races humaines, et de chercher l’origine des variétés permanentes, des types héréditaires, des caractères si divers et en même temps si gradués qui constituent les races […] [de] déterminer les filiations des peuples, de retrouver les traces de leurs migrations et de leurs mélanges, [d’]interroger leur monuments, leur histoire, leurs traditions, leurs religions, et de les suivre même au-delà de la période historique pour remonter jusqu’à leurs berceau ».[2]

Armand de Quatrefages, lui aussi anthropologue, rajoutera :

« L’anthropologie est la science des hommes, comme la zoologie est la science des animaux, comme la botanique la science des végétaux. Bien plus anciennes qu’elle, et par cela même, bien plus avancées, ces deux sciences doivent lui servir de guide ». [3]

Comprendre scientifiquement les différences entre les hommes c’est évaluer dans un premier temps les différences physiques qui sont d’ordre visuel : la couleur, la taille, les proportions, la morphologie du corps… une mise à distance s’opère entre les anthropologues et les personnes étudiées, mise à distance relativement plus facile lorsque les observés sont de nature différente des observateurs. Bien que cette science trouve son apogée dans le XIXème siècle, nous pouvons citer les travaux précurseurs de Peter Camper (1722 – 1789) qui propose dès la moitié du XVIIIème siècle une classification de l’humanité à partir de l’angle facial du visage.

La Revue d’Anthropologie sera crée en 1872 et l’Ecole d’Anthropologie de Paris en 1876.

  • La notion de race

Le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle (XIIème siècle) met en garde les pèlerins contre certaines mauvaises rencontres :

« C’est un peuple barbare différent de tous les peuples et par ses coutumes et par sa race, plein de méchanceté, noir de couleur, laid de visage, débauché, pervers, ivrogne, impie et rude, cruel et querelleur, inapte à tout bon sentiment, dressé à tous les vices et iniquités. »[4]

Si ce texte est emprunt de la raciologie du XIXème siècle, c’est encore le mot peuple qui est utilisé dans cette France du XIIème siècle. Il faudra attendre la fin du Moyen Âge pour que le mot race, du latin ratio soit utilisé. Il désigne une famille, une lignée ou une espèce. Le Dictionnaire français-latin de Robert Estienne (1539) fournit comme équivalent domus, familia, genus, sanguis.

La découverte du Nouveau Monde, l’esclavage, la colonisation feront progresser les conceptions inégalitaires dans la culture européenne, dont le pivot sera la notion de race qui sera utilisé jusque dans les années 1950. Il faudra en effet attendre 1949 pour qu’un groupe international de chercheurs récusent la notion et affirment l’unité fondamentale de l’humanité. Dans son édition de juillet-aout 1950 le Courrier de l’UNESCO publie une déclaration sur la notion de race connue sous le titre « les Savants du monde entier dénoncent un mythe absurde…le racisme ». Ainsi, après guerre, une période de réflexion sur la notion de race est entamée. Il s’agit soit d’abandonner cette notion, soit de la conserver dans un sens métaphorique, c’est-à-dire de groupement culturel, mais non plus de classe biologique.

L’ouvrage de Ruscio Alain, Le credo de l’homme blanc, nous donne des informations complémentaires sur cette notion.

« Le premier, semble-t-il, à utiliser la notion de « races humaines » dans son acception moderne, est le voyageur français François Bernier, Le 24 avril 1684, dans le Journal des Savans, il propose une répartition géographie des « différentes espèces ou races d’hommes » : Europe, Afrique, Amérique et Asie. »

A partir du XVIIIème siècle, Linné (médecin et botaniste) opérera lui aussi un classement en quatre grandes familles, rejoignant la division de Bernier. C’est dans la dixième édition (1758) de son œuvre, publiée en 1735, Systema Naturae, qu’il divisera l’humanité en quatre grands groupes qu’il appellera « types » selon des critères physiques, moraux et selon les us et coutumes des peuples observés. Dès lors se met en place une hiérarchisation de ces races, ou l’Homme leucoderme prendra la place d’honneur. Ce schéma sera généralement admis par la suite, avec quelques variations internes selon les anthropologues.

– Espèces, variétés, races ?

« Les spécialistes se sont longuement interrogés sur le terme à employer » affirme Broca en 1871. Espèces ? Cela «supposerait la question résolue dans le sens de la diversité des origines. Variété ? L’emploi de ce terme impliquerait, au contraire, que les groupes humains tout entiers ne forment qu’une seule espèce. Comme, à cette époque, aucune théorie de n’a encore emportée sur l’autre, le nom de races (pouvant) être adopté par tout le monde a finalement prévalu » [5]

Acceptant cette classification deux écoles vont alors s’affronter : les monogénistes et les polygénistes ; les premiers affirment que l’humanité, une à l’origine, s’est progressivement scindée en rameaux, d’aspects et de caractères différents, mais de nature identique. Les autres estiment que divers foyers ont donné naissance à des espèces par natures différentes.  En général, les différentes espèces d’Hommes des polygénistes correspondaient grosso modo aux races des monogénistes. Mais ces deux partis croyaient tous à l’inégalité des races qui ne pouvait être remise en cause à l’époque dans le corps scientifique.

  • Les métis au cœur de débat

Un des débats qui va naître, en même temps que la raciologie est la question du métissage.

Pour les monogénistes le fondement de l’espèce ne résidait pas dans la ressemblance des formes mais, en tout premier lieu, dans le critère physiologique de la fécondité continue des métis.

Buffon, en 1749, le théorisera ainsi, bien qu’il reconnaisse également, après des expériences entre le chien et le loup, le bouc et la brebis et diverses espèces d’oiseaux que certains hybrides dérogeaient à l’ordre de la création et pouvaient procréer :

«On doit regarder comme la même espèce celle qui, au moyen de la copulation, se perpétue […], et comme des espèces différentes celles qui, par les mêmes moyens, ne peuvent rien produire ensemble (…)  Si le nègre et le blanc ne pouvoient produire ensemble, si même leur production demeuroit inféconde, si le mulâtre étoit un vrai mulet, il y auroit alors deux espèces bien distinctes ; le nègre seroit à l’homme ce que l’âne est au cheval […]. Mais cette supposition même est démentie par le fait ; et, puisque tous les hommes peuvent communiquer et produire ensemble, tous les hommes viennent de la même souche et sont de la même famille ».

Buffon hiérarchisera les espèces. Dans Histoire naturelle il affirmera par exemple que les australiens sont « ceux de tous les humains qui approchent le plus des brutes », que l’indien n’est « qu’un animal de premier rang » et que le Noir « un animal à part comme le singe ». [6]

Il prônera également les bienfaits du métissage. Dans son article des Variétés dans l’espèce humaine publié en 1749 il nous rappellera que le sang de Perse, naturellement grossier par son origine tartare produirait les hommes les plus laids du monde s’il n’était pas devenu fort beau par le mélange du sang géorgien et circassien.

Ainsi, les monogénistes verront dans la réunion des types un facteur d’harmonisation capable à la fois de relever les races déchues et de révéler la variété du potentiel de l’humanité. Ils pensaient alors, par le métissage, pouvoir blanchir les Noirs, les mulâtres devenant ainsi l’espoir de la race noir et se rapprocherait du blanc, race par excellence.

Deschamps (Hubert Jules Deschamps né le 22 juillet 1900 à Royan et décédé le 19 mai 1979 à Paris), administrateur colonial français, professeur d’université, et auteur de nombreux ouvrages sur l’Afrique, affirmait ainsi que par le métissage on « blanchirait les naturels d’une île, d’une contrée, d’une vaste colonie »

Dans son article sur la stabilité des races croisées [7], M. Bonté nous dira :

« Constamment, dans le croisement de deux races, la supérieure empreint ses caractères sur le produit qui en résulte d’une manière beaucoup plus profonde que la race inférieure. […] Cette prédominance, aussi tranchée au moral qu’elle l’est au physique, explique comment, dans le croisement des races, le perfectionnement intellectuel de l’homme accompagne son perfectionnement physique ».

Dans le camp opposé, des Knox, Nott, Gobineau affirmaient au contraire que la mixité devenait incompatible avec l’exercice normal des fonctions vitales et pensaient, contrairement aux monogénistes, qu’une réunion de métis ne réussirait pas à se perpétuer indéfiniment et n’admettaient donc pas la réalité des races croisées. Knox avancera cette théorie dans son ouvrage publié en 1850, The races of Men.

Afin d’être plus éclairée et palier aux manques d’études à ce sujet, la Société d’Anthropologie de Paris décidera en 1907 de créer une commission permanente pour l’Etude des métis. [8]

Avec l’assentiment du ministère des Colonies et la collaboration de fonctionnaires et d’instituteurs en Algérie, en Indochine, à Madagascar et aux Antilles, la Société d’Anthropologie lance en 1908 une vaste enquête sur les métis. (lien)

Le questionnaire diffué par le Bulletin du 15 octobre 1908 présente d’abord les buts de l’enquête. [9]

« Le problème des métis est un de plus graves et en même temps des plus obscurs que l’anthropologie ait à résoudre, car on ne possède sur la fécondité  des croisements en question et sur les aptitudes physiques, intellectuelles et morales de leurs produits, les métis, que des observations isolées, incomplètes et trop souvent partiales, ou des appréciations générales sans caractères positif. »

Puis la méthode à suivre :

« La méthode recommandée ici consistera donc :

– A s’abstenir absolument de toute appréciation général et théorique ;

– A ne pas répondre à l’enquête par des conclusions d’ensemble tirées d’un nombre quelconque d’observations ;

– Mais à citer exclusivement des observations prises dur des individus parfaitement connus de l’observateur, et aux quels on voudra bien appliquer le questionnaire ci-dessous. […]

N. B. : On est prié de joindre aux réponses les photographies du métis et de ses parents prises, autant que possible, de face et de profil, en n’oubliant pas les photographies sans aucun costume constituent, si le sujet peut s’y prêter, les documents les plus utiles (inscrire toujours au dos de la photographie le nom et l’âge du sujet, afin d’éviter toute confusion). »

Cette même enquête donne également la définition du mot métis :

« On doit entendre, d’une façon générale, par métis, les individus provenant de l’union de deux personnes appartenant à des races nettement différentes. Rejetant toute théorie a priori sur l’origine des types humains, nous entendons par race pure tout type ethnique actuellement bien constitué et suffisamment stable pour avoir mérité une appellation définie. Nous appelons donc métissage des unions entre Blanc et Nègre, Jaune et Blanc, Nègre et Indien d’Amérique, Européen et Hindou, sémite et Européen, Nègre et Chinois, etc. les parents du métis peuvent être tous les deux de race pure, ou être eux-mêmes, tous les deux, des métis, ou être, l’un, un métis, l’autre, de race pure. »

Et enfin, le questionnaire avec des questions telles que :

« Pouvez-vous donner des renseignements sur leur moralité, sur leur intelligence et sur leur santé ? (Songer particulièrement à la syphilis, l’alcoolisme, la tuberculose et le paludisme.) […]

Criminalité :

– Le métis, étant enfant, a-t-il encouru à l’école des punitions fréquentes et pour quel motif ?

– A-t-il subi, en dehors de l’école, des condamnations ?

– Depuis sa sortie de l’école, a-t-il subit quelques condamnations ?

Moralité sexuelle :

– Si le métis est célibataire, a-t-il de bonnes mœurs ou une vie déréglée ?

– Y a-t-il eu concubinage ou est-il marié légitimement ? […] »

Les résultats de l’enquête, publiés en 1910 et 1912, sont très contrastés. Charles Richet, prix Nobel de médecine en 1913 nous livre son point de vue dans La Sélection humaine, publié en 1919 ;

« Avant tout, il faudra éviter tout mélange des races humaines supérieures avec les races humaines inférieures, […] Je ne crois pas du tout à l’égalité des races humaines. D’abord, ce mot d’égalité est un non-sens. Un Noir est différent d’un Jaune, un Jaune est différent d’un Blanc. Dire qu’ils sont égaux, c’est aussi absurde que de prétendre que la pomme est égale à la poire et que le caniche est égal au bouledogue. […] Je ne comprends pas par quelle aberration on peut assimiler un Nègre à un Blanc. Lorsque je lis les ouvrages ou il est parlé de l’unité de la race humaine, je me demande si je rêve tout éveillé. […] Il s’agit d’ailleurs moins d’une différence entre les Blancs et les Noirs -cette différence ne peut être niée- que d’une supériorité des Blancs sur les Noirs » [10]

Aux arguments biologiques, s’ajoutent ceux de la psychologie. Alfred Fouillée philosophe français dans Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les âges (édition de 1926) souligne que le métissage n’élève pas l’être inférieur, mais produit une régression, induisant une dysharmonie au sein de l’individu, dont la personnalité aura tendance à se dédoubler. [11]

  • Psychologie des races et des foules

– Psychologie des peuples et des races

Un des premiers chercheurs à travailler sur la psychologie des peuples et des races est Alfred Fouillée avec la parution de son ouvrage Psychologie du peuple français en 1898. Il publiera également en 1926 Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les races [12] dans lequel figure une de ses interrogations :

« Toutes les races sont-elles de même caractère et de même valeur au point de vue de la civilisation, La blanche, qui semble psychologiquement supérieure aux autres, est-elle désormais, comme l’a soutenu, menacée ou d’absorption ou de recul progressive par le flot montant des races noire et jaune ? Après le crépuscule des dieux, aurons-nous, dans un certain nombre de siècles, le crépuscule des Blancs ? Sur ce point ont été hasardés les pronostics les plus contraires »

Ses analyses porteront sur tous les types humains en vogue à l’époque, Africains, Arabes, Asiatiques, Européens, sauvages, évolués, ouvriers …

« Les caractères communs aux sauvages d’aujourd’hui peuvent nous faire comprendre l’homme d’autrefois. Inattention, faiblesse de volonté comme de pensée, rêverie, idées fixes, excès d’émotions banales et impossibilité d’émotions nouvelles, instabilité et contradictions, en un mot défaut de synthèse et d’unité mentale, si non sous l’impulsion d’un égoïsme naïf, voila ce que tous les observateurs retrouvent, à des degrés divers, et chez les enfants, et chez les sauvage, et chez les être arrêtés dans leur développement, et chez les hystériques, et chez certains criminels qui semble revenir à l’état sauvage ; voilà aussi, sans doute, ce qu’était le plus souvent le caractères des races primitives ».

L’étude de la psychologie des races se construit en parallèle des découvertes en anthropologie, le blanc étant encore une fois en haut de l’échelle.

André Siegfried, havrais né en 1875, sociologue, historien, géographie et président d’honneur de l‘Institut Havrais de Sociologie économique et de psychologie des peuples (Institut fondé en 1937) résumera les recherches en anthropologie et en psychologie ainsi :

« Bien que tous les Blancs n’y soient pas associés, car ceux d’Asie sont restés réfractaires, la civilisation occidentale, si elle est le résultat d’un milieu, est aussi l’œuvre d’une race. Ce sont les Blancs, et eux seuls, qui ont fait l’Occident. La distance qui les sépare des Noirs, des Rouges est immense, et si les Jaunes sont capables d’une efficacité comparables, ils souffrent techniquement d’un retard de trois siècles ; dans ces conditions, notre civilisation comporte un domaine géographique, avec des limites, qu’on se sent curieux de préciser. » [13]

Après les décolonisations, le terme de psychologie des races disparaîtra au profit de l’appellation psychologie ethnique, puis d’ethnopsychologie.

– La psychologie des foules

L’étude de la psychologie des foules va de pair avec l’étude de la psychologie des peuples et des races.

Au XIXème siècle, la foule, la masse ouvrière fait peur à la société bourgeoise ; elle est créatrice de tous les vices, des plus grandes débauches… de nombreux ouvrages, romans (tels que Les mystères de Paris) et les révoltes ouvrières vont alimenter cette peur sociale.

De nombreux ouvrages vont ainsi traiter de ce sujet. Un de ses ouvrages, bien connu de nos jours, est la Psychologie des foules, écrit en 1895 par Gustave Le Bon, anthropologue, psychologue social et sociologue. Il abordera dans ses ouvrages le désordre comportemental et la psychologie des foules. Il dit de la foule ceci :

« Parmi les populations les plus civilisées [la foule] est toujours une bête impulsive et maniaque, jouet de ses instincts et de ses habitudes machinales, parfois un animal d’ordre inférieur, un invertébré, un ver monstrueux ou la sensibilité est diffuse et qui s’agite encore en mouvement désordonnées après la section de la tête »

Cette psychologie portée sur la classe ouvrière française et la masse qu’elle représente s’applique bien entendu aux colonies. L’indigène n’est pas mieux loti que l’ouvrier. Il est important de noter à ce sujet que, en dehors bien entendu des photographies et gravures destinés aux scientifiques, les indigènes étaient représentés en masse, au sein d’une foule. Il n’avait pas ainsi le statut d’individu, il était une représentation sans nom, sans visage précis, une masse, qui comme la masse ouvrière, effrayait.

  • Vulgarisation des théories savantes

La notion de race est ainsi devenue une notion clé, forgée par la science du XIXème siècle et qui deviendra un élément fondamental dans la culture européenne.  Si elle concerne tout d’abord des disciplines spécialisées, comme l’anthropologie, elle s’étendra dans d’autres domaines. Elle se diffusera dans des ouvrages scientifiques, des récits de voyages, des romans qui s’adresseront à toutes les classes de la population française.

Dictionnaires et encyclopédies fixeront également cette notion, comme nous le montre l’article Nègre du Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle de Larousse :

« les caractères essentiels de l’espèce nègre sont, en dehors de la coloration de la peau : un front étroit et comprimé aux tempes, le vertex aplati, les lèvres grosses, les maxillaires très saillants, le nez court et aplati, l’angle facial de 60° à 75 °, les apophyses montantes de la mâchoire supérieure convergentes, les os du nez n’atteignant pas le frontal, les organes génitaux volumineux, les mamelles allongées et piriformes, les poils rares, les cheveux laineux et les muqueuses violacées. […]

Sous le climat brûlant de l’Ethiopie, inondé sans cesse par des flots d’une ardente lumière, qui noircit et dessèche, on voit les cheveux se rouler et se crisper sur la tête du Nègre comme sous le fer chaux ; la peau, qui exsude une huile noire abondante, est violacée et comme tannée. […]

Lorsque les Nègres sont échauffés, il se dégage de leur peau une exsudation huileuse et noirâtre qui tache le linge et répand une odeur désagréable. Les Foulahs puent tellement que les lieux où ils ont passé restent imprégnés de leur odeur pendant plus d’un quart d’heure.

La coloration de la peau n’est pas la différence la plus caractéristique qui existe entre l’espèce noire et l’espèce blanche. La structure anatomique nous présente un intérêt d’une toute autre importance, puisqu’elle rapproche le Nègre de l’orang-outan presque autant que du type de l‘espèce blanche ou caucasique. il n’est pas étonnant, pour cette raison, que quelques philosophes anatomistes aient avancé que les singes étaient la racine originelle du genre humain. […]

Le Hottentot ne parle qu’avec difficulté, surtout à cause de l’obliquité de ses dents en avant ; il glousse presque comme les coqs d’Inde, ce qui offre encore un rapport manifeste avec l’orang, qui jette des gloussements sourds, à cause des sacs membraneux de son larynx, où sa voix s’engouffre. […]

Ce que l’on peut affirmer d’une manière certaine, c’est que le Nègre diffère essentiellement de l’espèce blanche non seulement par la coloration de la peau et par les différences anatomiques que nous avons déjà signalées, mais encore par ses penchants autant physiques qu’intellectuels. Dans l’espèce nègre, le cerveau est moins développé que dans l’espèce blanche, les circonvolutions sont moins profondes et les nerfs qui émanent de ce centre pour se répandre dans les organes des sens beaucoup plus volumineux. De là un degré de perfection bien plus prononcé dans les organes ; de sorte que ceux-ci paraissent avoir en plus ce que l’intelligence possède en moins. En effet, les Nègres ont l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût et le toucher bien plus développés que les Blancs. Pour les travaux intellectuels, ils ne présentent généralement que peu d’aptitude, mais ils excellent dans la danse, l’escrime, la natation, l’équitation et tous les exercices corporels. Dans les danses, on les voit agiter à la fois toutes les parties du corps ; ils y trépignent d’allégresse et s’y montrent infatigables. Ils distinguent un homme, un vaisseau à des distances ou les Européens peuvent à peine les apercevoir avec une lunette d’approche. Ils flairent de très loin un serpent et suivent souvent à la piste les animaux qu’ils chassent. Le bruit le plus faible n’échappe point à leurs oreilles ; aussi les Nègres marrons, ou fugitifs savent très bien découvrir de loin et entendre les blancs qui les poursuivent. Leur tact est d’une subtilité étonnante ; mais parce qu’ils sentent beaucoup, ils réfléchissent peu : tout entiers à leur sensualité, ils s’y abandonnent avec une espèce de fureur. La crainte des plus cruels châtiments, de la mort même de leur maître, le son du tam-tam, le bruit de quelque mauvaise musique les fait tressaillir de volupté ; une chanson monotone, prise au hasard, les amuse pendant des journées sans qu’ils se lassent de la répéter ; elle les empêche même de s’apercevoir de la fatigue ; le rythme du chant les soulage dans leurs travaux, et un moment de plaisir les dédommage d’une année de souffrances. Tout en proie aux sensations actuelles, le passé et l’avenir ne sont rien à leurs yeux ; aussi leurs chagrins sont-ils passagers ; ils s’accoutument à leur misère, quelque affreuse qu’elle soit. Comme ils suivent plutôt leur sensations ou leurs passions que la raison, ils sont extrêmes en toutes choses : agneaux quand on les opprime, tigres quand ils sont les maîtres. Capables de sacrifier leur vie pour ceux qu’ils aiment, ils peuvent, dans leurs vengeances, massacrer leurs maîtres, éventrer leurs femmes et écraser leurs enfants sous les pierres. Rien de plus terrible que leur désespoir, rien de plus sublime que leur amitié. Mais ces excès sont d’autant plus passagers qu’ils sont portés plus loin. Rien de mobile comme leurs sensations, car leur violence s’oppose à leur durée.

Les Africains sont extrêmement jaloux de leurs femmes, et malheur à celui qui a corrompu la maîtresse ou la femme de l’un d’eux. La femme qui les a trompés n’échappe pas elle-même à leur vengeance. La polygamie est en usage chez les Noirs d’Afrique ; chaque individu peut prendre autant de femmes qu’il lui plait et les répudier à volonté pour vivre avec des concubines. Les mamelles des Négresses sont grosses et fort longues, si bien qu’elles peuvent les replier par-dessus les épaules et allaiter ainsi les enfants qu’elles portent sur leur dos. […]

C’est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l’espèce nègre est aussi intelligente que l’espèce blanche. Quelques rares exemples ne suffisent point pour prouver l’existence chez eux de grandes facultés intellectuelles. Un fait incontestable et qui domine tous le autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que celui de l’espèce blanche, et comme, dans toute la série animale, l’intelligence est en raison directe des dimensions du cerveau, du nombre et de la profondeur des circonvolutions, ce fait suffit pour prouver la supériorité de l’espèce blanche sur l’espèce noire.

Mais cette supériorité intellectuelle, qui selon nous ne peut être révoquée en doute, donne-t-elle aux blancs le droit de réduire en esclavage la race inférieure ? Non, mille fois non. Si les Nègres se rapprochent de certaines espèces animales par leurs formes anatomiques, par leurs instincts grossiers, ils en diffèrent et se rapproche des hommes blancs sous d’autres rapports, dont nous devons tenir grand compte. Ils sont doués de la parole, et par la parole nous pouvons nouer avec eux des relations intellectuelles et morale, nous pouvons essayer de les élever jusqu’à nous, certains d’y réussir dans une certaine limite. Du reste, un fait physiologique que nous ne devons jamais oublier, c’est que leur race est susceptible de se mêler à la nôtre, signe sensible et frappant de notre commune nature. Leur infériorité intellectuelle, loin de nous conférer le droit d’abuser de leur faiblesse, nous impose le devoir de les aider et les protéger. » [14]

Aujourd’hui, nous jugeons toutes ces théories racistes. Nous usons et abusons de ce mot, sans forcément en comprendre les origines, ni ses applications. A noter tout de même, lorsque le mot entra dans le dictionnaire en 1932 il désignait exclusivement le discours des nationaux socialistes allemands.

[1] LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491 p. P. 87 et 88
[2] BOETSCH G., FERRIE J.N., L’impossible objet de la raciologie, Cahiers d’Etudes Africaines 129, 1993.
[3] Cité in JEHEL P-J, Photographie et anthropologie en France au XIXème siècle, mémoire de DEA, Université Paris VIII, 1995, p.21
[4] Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, éd. J. Vieillard, Mâcon, 1938, cité in La mosaïque France, cité in LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491p. 206
[5] LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491
[6] Cité in LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491p.211
[7] BONTE, Sur la stabilité des races croisées, Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, volume 6, numéro 6, 1865, pp. 279- 285
[8] Conférence de Monsieur Claude Blanckaert, le jeudi 9 octobre 2008 à la Maison fraternelle à l’initiative de l’ACAT Paris V en association avec l’ERF Quartier Latin-Port Royal.
[9] Cité in LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491p.
[10] Ch. Richet, La sélection humaine, Paris, Alcan, 1919 cité in LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491
[11] in LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491
[12] FOUILLEE A., Tempérament et caractère selon les individus, les sexes et les races, Paris, Alcan, 1901 p. 306 – 307
[13] SIEGFRIED, L’âme des peuples, hachette, 1950, p. 201, cité in LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491P. 117
[14] Cité in LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491p.218 – 219 – 220.