La Vénus Hottentote

La « Vénus hottentote », connue sous le nom hollandais Saartjie Baartman est une jeune femme khoisan atteinte de stéatopygie et de macronymphie. Esclave d’un fermier afrikaaner,  Hendrick Caezar , elle est convaincue , à l’âge de 21 ans, par son maitre de l’accompagner en Angleterre, afin de trouver fortune et liberté en contrepartie de l’exhibition de son corps et de danses au son de musique dont elle s’accompagne avec son instrument traditionnel, la goura. Il s’agit en réalité d’une tractation à l’instigation d’un Anglais, Alexander Dulop, chirurgien de la Royal Navy. C’est avant son départ qu’elle recevra le nom de Baartman. Une fois à Londres, c’est Hendrick Caezar qui va véritablement créer le mythe de la « Vénus hottentote » en l’exhibant dans une salle du quartier de Picadilly. Elle partira ensuite en tournée dans toute l’Angleterre jusqu’en 1814 ou elle sera revendue et rejoindra la France.  Elle sera ainsi exhibée par Réaux, un montreur d’animaux aux Jardin des plantes, mais également dans de nombreux music-halls ou alors dans les salons de la haute bourgeoisie. Une pièce vaudeville en un acte intitulée « La Vénus hottentote, ou Haine aux Françaises » et écrite par messieurs Dartois, Théaulon et Brasier ce jouera cette même année à Paris au théâtre du Vaudeville, rue de Chartres. (cf l’article intitulé « La Vénus hottentote, ou Haine aux Françaises »).

En mars 1815, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, administrateur du Museum d’histoire naturelle,  professeur d’une chaire de zoologie et spécialiste de tératologie (étude des monstres), exprime le souhait des naturalistes en demandant l’autorisation officielle de « profiter de la circonstance offerte par la présence à Paris d’une femme bochimane pour donner avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, les caractères distinctifs de cette race curieuse ». Ainsi, le 1er avril 1815, Geoffroy Saint-Hilaire présentera son rapport dans lequel il souligne des caractères anatomiques proches du singe.

Par la suite, elle sera prostituée, notamment dans des salons privés. Dès son arrivée, la curiosité et le fantasme de Saartjie Baartman ont été créés et entretenus par l’exagération des représentations iconographiques et des descriptions caricaturales de son corps.  Le naturaliste alllemand Gustav Fritsch expliquera quant à lui la particularité sexuelle de la femme hottentote comme le résultat de pratiques sexuelles spécifiques… cette femme présentait en tout état de cause tous les indices d’une sexualité sans limite, obscène et bestiale.

Saartjie Baartman décèdera dans la nuit du 29 décembre 1815 des suites d’une fièvre éruptive. Son corps sera remis au laboratoire d’anatomie du Muséum à Georges Cuvier, père de l’anatomie comparée, zoologue et chirurgien. Il ne s’agissait pas d’établir les causes de son décès, mais de procéder à un nouvel examen de ses particularités physiques et à la dissection de son cadavre, au mépris de la réglementation en vigueur, puisque de telles opérations ne devaient être possibles qu’à la faculté de médecine et à l’hôpital de la Pitié. Après avoir effectué un moulage du corps, Cuvier prélève ses organes génitaux et son cerveau, destinés à être conservés dans le formol, puis réalise d’extraction du squelette. Il fera son compte-rendu devant l’Académie de Médecine en 1817.

Son corps sera transféré en 1937 au musée de l’Homme (lors de sa fondation). Son moulage et son squelette sera présenté au public parmi d’autres squelettes, moulages et photographies d’humains de tous les continents dans la galerie d’anthropologie physique jusqu’en 1974. Puis le moulage sera exposé pendant deux ans dans la salle de préhistoire.  Par la suite ses restes seront stockés dans les réserves, d’où le moulage ressortira en 1994 pour une exposition au Musée d’Orsay intitulé « la sculpture ethnographique au XIXème siècle, de la Vénus hottentote à la Tehura de Gaugin ».

En dépit de l’invalidation des théories scientifiques du XIXème siècle et de l’évolution des mentalités intervenue depuis la décolonisation, on ne peut que s’interroger sur les motifs de la persistance de l’exposition du squelette et du moulage de Saartjie Baartman jusqu’en 1976, puis à nouveau en 1994 au musée d’Orsay.

Cette même année émane une demande de restitution de la Vénus Hottentote de l’organisation représentant les descendants des Khoisans. Cette demande sera réitérée plusieurs fois, en janvier 1996 lors de la visite officielle en Afrique du Sud de Monsieur Jacques Godfrai, ministre délégué auprès du ministre des affaires étrangères, à la coopération dans un entretien avec le docteur Ngubane, ministre des arts, de la culture, de la science et de la technologie. Puis le 6 octobre 2000 par l’ambassade d’Afrique du Sud à Paris. Il faudra attendre le 21 février 2002 pour que soit voté un article de loi unique concernant la restitution du corps de Saartjie Baartman. (Annexe 1 : loi relative à la restitution par la France de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman à l’Afrique du sud). En avril de cette même année, le corps de Saartjie Baartman sera rendu à l’Afrique du Sud ou son inhumation aura lieu. [1]

[1] Source : N°3563-Rapport de M. LE GARREC,fait au nom de la commission des affaires culturelles, sur la proposition de loi, adoptée par le Sénat, relative à la restitution par la France de la dépouille mortelle de Saartjie Baartman à l’Afrique du Sud, Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 30 janvier 2002
Advertisements

~ par Maroussia sur 18/04/2010.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :