Raciologie et mission civilisatrice

  • Raciologie, colonisation et mission civilisatrice.

Depuis la fin du XVIIIème siècle, l’ancien régime colonial hérité du XVIème subit une crise qui est marquée par l’émancipation des Etats-Unis, suivie de l’Amérique latine, l’usure du système esclavagiste et les transformations économiques en métropole.  De plus, la dynamique évangélisatrice reprend à la fin du XIXème (elle avait été temporairement interrompue par la Révolution). Vingt-quatre congrégations missionnaires ont été fondées entre 1816 et 1880, qui s’ajoutent aux trois plus anciennes et aux congrégations féminines, appuyées par les œuvres laïques. [1]

De nombreuses questions vont alors se poser quant au devenir des sociétés indigènes, comment coloniser et quel type de régime y établir, faut-il assimiler les indigènes ou préserver les particularismes de chaque population ?

De nombreux congrès se tiennent sur ces questions, à l’occasion d’Exposition universelle ou coloniale. Et en 1889 sera fondée une Ecole coloniale suivi par la création d’un Institut colonial international en 1893.

Les découvertes en anthropologie et l’ethnopsychologie vont servir d’appui à la colonisation et répondre à certaines questions. Ainsi, en 1930, devant le Conseil général de l’A.O.F. le gouverneur général Cadre déclarera :

« Si l’on admet qu’il existe des peuples évolués et des races attardées et qu’il est d’intérêt général que celles-ci s’élèvent au niveau de ceux-là, le colonialisme se trouve implicitement justifié dans son principe. »[2]

Quelques années plus tôt, dans un domaine anthropologique Darwin évoquait une idée similaire. Dans son ouvrage La descendance de l’homme, publié en 1871 il appliquera sa théorie de l’évolution/sélection aux races humaines. Il déduira que les races inférieures, qu’il nomme parfois sauvage en opposition aux races humaines civilisées, sont appelée à disparaitre : « Dans un avenir assez prochain si nous comptons par siècles, les races humaines civilisées auront très certainement exterminé et remplacé les races sauvages dans le monde entier. »

Gallieni, gouverneur colonial, déclarera également :

« Il n’y a pas de bonne colonisation sans ethnologie bien faite »

La France, de par la supériorité qu’elle s’est octroyée s’impose le devoir de civiliser ses colonies et d’assimiler les indigènes.

Dans son livre, De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne, paru en 1813, Benjamin Constant le note ainsi :

« Les conquérants de nos jours, peuples ou princes, veulent que leur empire ne présente qu’une surface unie, sur laquelle l’œil superbe du pouvoir se promène, sans rencontrer aucune inégalité qui le blesse, ou borne sa vue. Le même code, les mêmes mesures, les mêmes règlements, et, si l’on peut y parvenir, graduellement la même langue, voilà ce qu’on proclame la perfection de toute organisation sociale. »


Parallèlement, afin de diffuser ses théories, les expositions coloniales et universelles se construisent comme un lieu de connaissance, qui illustre le progrès de l’œuvre française dans les colonies, l’intérêt et le résultat de sa mission civilisatrice. Des images archaïques, souvent sans fondement et avec un oubli total de l’histoire de l’Afrique et de ses empires, sont ainsi opposées aux images de la révolution industrielle européenne.

Le Figaro du 29 juin 1931 nous rappelle que les expositions coloniales, doivent constituer « une utile propagande et un judicieux enseignement, [afin de donner] à l’élite de la jeunesse française, le sentiment de la valeur et de l’utilité de l’expansion coloniale. » Le maréchal Lyautey, commissaire général de l’Exposition coloniale de 1931, dira également, dans une lettre du 7 janvier 1929, son désir de « voir chaque section coloniale s’organiser d’une façon aussi complète que possible, à la fois pittoresque et instructive, de manière à présenter le maximum d’intérêt et d’attrait.[3]

Il fallait susciter l’intérêt du public vis-à-vis de l’expansion coloniale, légitimer cette opération, la promouvoir. En effet, la colonisation (puis la décolonisation) n’a qu’à de très rares moments mobilisés en profondeur la société française, qui a eu du mal à se passionner pour l’expansion outre-mer, les conflits français et européens mobilisant plus l’opinion publique. (Guerre de 1870, puis de 1914…)

  • Un outil de propagande, l’Agence générale des colonies

Des armateurs, négociants, industriels, parlementaires, miliaires se sont constitués en comités afin de rallier l’opinion publique à la colonisation et ses bienfaits mais également de peser sur les décisions des responsables de l’Etat afin d’engager l’Europe dans un processus accru d’expansion coloniale. Ces groupes ont ainsi souhaité se constituer en organisme officiel, ce qui sera le cas en 1899 avec la création de l’Office colonial, qui a pour objectif la propagande du domaine coloniale français afin de mobiliser l’opinion publique française autour de critères moraux mais aussi afin de susciter des mouvements de population et d’investissement vers les colonies.

Dans son ouvrage L’illusion coloniale, Monsieur Deroo nous informe que :

« A compter de cette date et jusqu’à la perte de l’empire colonial français en 1962, la France a toujours disposé de cet organisme. Jamais remis en cause quel que soit le régime politique, de la IIIème République à la Vème, via le régime de Vichy, il n’aura changé que de dénomination. Outre cette pérennité politique, qui témoigne du consensus colonial et de la volonté de maintenir l’illusion en ancrant le mythe au plus profond des consciences, cette propagande présente la caractéristique d’avoir été diffusée en temps de guerre comme un temps de paix. »

En 1919, l’Office est réorganisé en Agence générale des colonies. Cette agence, émanant directement du ministère des colonies comprenant un bureau central de renseignements et un service d’informations. Chaque colonie ou territoire dispose d’une agence « locale » chargée de promouvoir l’action de propagande de l’Agence générale.

Leur rôle est de faire connaître en métropole, par l’intermédiaire de publications et de brochures, ou par d’importantes campagnes d’affichage et de manifestations régionales, les productions coloniales et de favoriser un développement des échanges économiques entre la métropole et ses territoires coloniaux. Elle est présente dans les foires et expositions organisées sur l’Empire colonial français, en y diffusant des films documentaires, et en y exposant des photographies. Mais elle utilise également d’autres outils de propagande tels que les romans, les brochures, manuels, bons point, vignettes, affiches, jeux…

Cette agence à elle seule contrôlait plus de 80 % des images en provenance des colonies françaises. [4]

Supprimée, pour des raisons budgétaires, en 1934, seules les agences des différents territoires subsisteront (agence économique de l’Indochine, de l’AOF, de l’AEF, de Madagascar, etc.). En 1937 sera crée le service intercolonial d’information et de documentation, il regroupera les activités de propagandes et de documentations et enfin, à partir de 1941 sera crée l’agence économique des colonies, agence unique pour l’ensemble des territoires. Tous les territoires sont concernés, exceptés ceux d’Afrique du Nord qui son sous l’autorité du ministère des Affaires étrangères. L’agence économique des colonies sera rebaptisée plus tard agence économique de la France d’Outre-mer, qui perdurera jusqu’à la décolonisation.

[1] LIAUZU C., Race et civilisation, l’autre dans la culture occidentale, anthologie critique, Paris, Syros/Alternatives, 1992, 491   P. 192
[2] CADRE, « Discours au Conseil général de l‘AOF, cité in L’Afrique française, 1930, p.14.
[3] L’ESTOILE (de) B. Le goût des autres, de l’exposition coloniale aux arts premiers, Paris, Flammarion, 2007, 224 p. p.35
[4] http://resf89.over-blog.com/article-4440767.html

Publicités

~ par Maroussia sur 10/04/2010.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :